À 39 ans, Lionel Messi s’apprête à tourner une page immense. Après plus de vingt ans sous le maillot argentin, la perspective de son dernier match avec l’Albiceleste donne à cette fin d’ère dorée un goût de soirée qu’on voudrait retenir un peu plus longtemps. Mais chez la Pulga, le rideau ne tombe pas : il se lève sur d’autres terrains, ceux de la formation, des affaires et peut-être, un jour, de la propriété d’un club.
À Miami, Messi continue de jouer, tout en construisant un avenir qui dépasse la pelouse. La Messi Cup, ses investissements dans l’hôtellerie et la restauration, ou encore ses projets immobiliers racontent une ambition patiente, loin du cliché du champion qui signe son nom sur une affiche et passe à autre chose. Le ballon reste au centre, mais la partie se joue désormais sur plusieurs tableaux.
Cette évolution n’a rien d’une reconversion improvisée. Le capitaine argentin s’appuie sur une équipe de confiance et sur des activités déjà installées, tandis qu’il garde un œil attentif sur les jeunes joueurs. Son prochain chapitre se dessine donc entre héritage sportif et entrepreneuriat, avec une question en filigrane : après avoir marqué l’histoire du football, jusqu’où veut-il encore pousser le jeu ?
Lionel Messi et la fin d’une ère dorée avec l’Argentine
Le dernier rendez-vous de Lionel Messi avec l’Argentine a tout d’un moment suspendu. Pour une sélection qui l’a vu grandir, tomber, revenir et enfin soulever les trophées qui lui manquaient, les adieux ne peuvent pas ressembler à une simple formalité du calendrier. À 39 ans, après plus de deux décennies en bleu et blanc, le meilleur buteur de l’histoire de l’Albiceleste s’apprête à refermer un chapitre qui a traversé plusieurs générations de supporters.
Le match face au Bénin, annoncé comme son dernier sous le maillot national, ne se résume pas à une feuille de statistiques. Il porte le poids d’une relation parfois orageuse avec le public argentin, puis devenue presque fusionnelle après les grands succès. Ceux qui veulent revenir sur le chemin menant à cette décision peuvent lire le récit de la fin de sa carrière internationale, entre fidélité au maillot et choix d’un nouveau rythme.
Le chiffre de 208 sélections donne une mesure de sa longévité, mais il ne raconte pas les détails qui restent dans les mémoires. Les appels de balle dans les petits espaces, les coups francs qui semblaient contourner les lois de la physique, les silences tendus avant un penalty : Messi a transformé ces gestes en langage commun. En Argentine, une passe décisive n’était pas seulement une passe ; c’était parfois une promesse tenue après des années d’attente.
Cette sortie intervient alors que Messi poursuit sa carrière sportive en club, à Miami. La différence est importante : l’adieu concerne la sélection, pas le football lui-même. Il ne quitte donc pas immédiatement la scène, mais change la nature de ses rendez-vous. Moins de rassemblements internationaux, moins de voyages au rythme des calendriers FIFA, et davantage de place pour choisir les projets qui prolongent son lien avec le jeu.
Pour mesurer le virage, il suffit de regarder l’écart entre ses deux terrains. Avec l’Argentine, chaque apparition portait une part de mémoire nationale ; à Miami, il peut aussi investir du temps dans des initiatives qu’il façonne à plus long terme. Une ère se ferme, mais le joueur n’a pas rangé ses chaussures. Il déplace simplement le centre de gravité de son ambition.
La fin de l’aventure internationale n’efface pas le joueur : elle ouvre un espace où Messi peut décider plus librement de ce qu’il veut transmettre.
La Messi Cup, un investissement concret dans le football de demain
Si l’idée de posséder des clubs attire l’attention, le football des jeunes semble occuper une place plus intime dans les priorités de Messi. La Messi Cup rassemble des académies de moins de 16 ans et donne une scène à des joueurs qui, pour beaucoup, n’ont encore connu que les terrains d’entraînement et les tournois régionaux. L’événement a débuté en 2025 avec huit équipes. Pour l’édition suivante, le plateau passe à seize, avec des formations comme l’Atlético de Madrid, Chelsea, Barcelone, l’Inter Milan, Arsenal, l’UE Cornellà et Newell’s Old Boys.
Le choix de Newell’s n’a rien d’anecdotique. Le club de Rosario reste un repère affectif dans l’histoire de Messi, celui de ses premières années avant le départ vers Barcelone. Sa présence dans le tournoi relie donc l’institution qui l’a vu commencer à une compétition qu’il contribue à faire grandir. C’est une façon très concrète de raccorder la mémoire personnelle à la formation des prochains talents.
Le tournoi se déroule dans les installations de l’Inter Miami, en Floride, à partir du 25 octobre. Le format élargi offre davantage de confrontations et transforme la compétition en vitrine internationale. Pour un jeune milieu de terrain, affronter une académie européenne réputée n’assure pas un contrat ni une carrière brillante. En revanche, cette expérience permet de mesurer le rythme, la concentration et la qualité technique exigés au plus haut niveau.
La présence de Messi donne à la compétition un relief particulier. Lors de la première édition, les organisateurs s’attendaient à le voir assister à une ou deux rencontres, peut-être à la finale. Il a finalement suivi chaque match, jour après jour. Ce détail en dit plus qu’une photo officielle : le tournoi ne semble pas être un simple produit estampillé de son nom. Son temps, plus encore que son argent, témoigne d’un intérêt réel pour le développement des jeunes.
Le lien avec son fils, qui joue lui aussi au football, rend cette attention encore plus personnelle. Messi est régulièrement présent lors de ses rencontres, dans une posture familière à n’importe quel parent au bord du terrain : observer, encourager, puis laisser l’enfant vivre son match. Le champion du monde connaît pourtant la tentation de projeter sur un jeune les rêves des adultes. La valeur d’une telle compétition dépendra donc aussi de sa capacité à préserver le plaisir du jeu derrière l’agitation médiatique.
Les clubs participants, eux, peuvent y trouver une occasion de confronter leurs méthodes. Une académie espagnole ne forme pas exactement comme une structure anglaise ou américaine. Sur le terrain, ces différences se voient dans la relance, l’intensité du pressing ou la liberté laissée aux attaquants. La Messi Cup devient ainsi un laboratoire à ciel ouvert, mais sans tableau noir : le ballon fournit les réponses, et les adolescents les apprennent en jouant.
La Messi Cup donne une forme durable à son héritage sportif : pas seulement transmettre des souvenirs, mais offrir aux jeunes un terrain où bâtir les leurs.
L’entrepreneuriat de Messi, un portefeuille bâti dans la durée
Le patrimoine de Messi ne repose pas uniquement sur son salaire de joueur. Forbes évaluait sa fortune à environ 1,1 milliard de dollars en juin, tandis que ses revenus sur l’année précédente étaient estimés à près de 140 millions de dollars, répartis entre le football et ses activités commerciales. Ces chiffres donnent un ordre de grandeur, pas une photographie détaillée de ses comptes : ils montrent surtout qu’un champion peut transformer sa notoriété en actifs différents, à condition de choisir ses partenaires avec soin.
Son accord à vie avec Adidas, signé en 2017, reste l’exemple le plus connu de cette stratégie. Une telle association ne fonctionne pas comme une campagne éclair. Elle accompagne plusieurs générations de produits et s’appuie sur une image déjà profondément liée au football mondial. La marque bénéficie de la reconnaissance du joueur ; Messi, lui, consolide une relation commerciale qui dépasse la durée d’un contrat sportif classique.
Dans l’hôtellerie, le nom MiM renvoie à Messi et au groupe hôtelier Majestic. Le portefeuille comprend six établissements, d’Ibiza à Andorre, intégrés à la collection de Meliá. Depuis le 1er novembre 2025, Meliá en assure l’exploitation dans le cadre d’un accord de location. Cette évolution distingue clairement la propriété ou l’investissement de la gestion quotidienne : Messi n’a pas besoin de s’occuper des réservations pour prendre part à un projet hôtelier.
Cette séparation des rôles est essentielle dans l’entrepreneuriat. Un sportif peut apporter une marque, une vision et des moyens financiers, tandis qu’un opérateur spécialisé gère les équipes, les services et les opérations. À l’inverse, confondre notoriété et compétence dans un secteur peut coûter cher. Le modèle MiM montre qu’un investissement peut s’inscrire dans le tourisme sans obliger son propriétaire à devenir hôtelier à plein temps.
La famille de Messi participe aussi à des projets immobiliers à Rosario. Sa société investit dans Carrasco M, un programme de 24 logements près du Paraná, dont la commercialisation est confiée à l’agence immobilière d’Ángel Di María. Le projet associe ainsi des liens personnels et une activité économique locale. Il ne s’agit pas seulement de placer de l’argent dans une grande métropole internationale ; l’investissement garde un ancrage dans la région d’où viennent les deux joueurs.
Cette diversité explique pourquoi la fortune d’une star ne se lit pas comme un compte de buts. Un partenariat avec une marque, un actif hôtelier et un programme immobilier ne produisent pas les mêmes revenus ni les mêmes risques. Ils n’ont pas non plus le même horizon : une campagne peut s’arrêter, alors qu’un bâtiment ou une entreprise exige une gestion continue. Le bon calcul consiste à répartir les rôles et à ne pas transformer chaque idée en projet personnel.
Le portefeuille de Messi ressemble moins à une collection de logos qu’à une équipe de projets, chacun confié à des spécialistes et construit sur un temps différent.
Restaurants, design et nouveaux projets au-delà du terrain
Le terrain des affaires s’étend aussi à la restauration. Messi est associé à la chaîne El Club de la Milanesa, qui prévoit cinq ouvertures en Catalogne, avec Castelldefels comme première étape. Le choix de cette ville, proche de Barcelone, fait écho à une région où le joueur a vécu une grande partie de sa carrière européenne. Ici encore, le nom attire l’attention, mais le succès dépendra de choses très concrètes : la qualité du service, le prix, l’emplacement et la fidélité des clients.
Un restaurant ne fonctionne pas comme une célébration de but. Les supporters peuvent acheter un maillot une fois ; ils reviennent manger si l’expérience tient ses promesses. C’est ce qui rend ce type d’activité intéressant pour comprendre les ambitions de Messi : il ne s’agit pas seulement de vendre un souvenir à son effigie, mais de participer à des entreprises capables de vivre au quotidien. L’image ouvre la porte, mais elle ne remplace pas le travail de ceux qui la font tourner.
Autre terrain, autre usage : Messi a aussi collaboré avec Stanley autour d’une collection de contenants pour le maté. L’accord pluriannuel est présenté comme le premier partenariat de la marque avec un athlète de cette durée. Le joueur aurait donné son avis sur les matériaux et les couleurs, un rôle plus actif que celui d’un simple visage de campagne. Le maté, boisson profondément ancrée dans la culture argentine, donne à cette collaboration une résonance personnelle que n’aurait pas un produit choisi au hasard.
Ces projets montrent une manière de construire une marque par affinités. L’hôtellerie touche au voyage, la restauration à la convivialité, le maté aux habitudes et aux origines. Le fil conducteur n’est pas forcément une stratégie spectaculaire ; il se trouve plutôt dans la cohérence des univers. Un public reconnaît plus facilement une collaboration lorsqu’elle raconte quelque chose de crédible sur la personne qui la porte.
La prudence reste toutefois de mise. Une célébrité peut attirer les regards au lancement, mais le marché ne lui doit aucune indulgence. Une enseigne de restauration doit réussir après la première vague de curiosité ; un produit doit convaincre au-delà du nom imprimé sur l’emballage. C’est là que la solidité des partenaires prend toute son importance. Messi choisit des équipes capables de traduire une idée en activité réelle, au lieu de courir après chaque opportunité qui passe devant lui.
Cette sélection protège aussi son temps. Une carrière de joueur impose déjà des entraînements, des déplacements et une récupération millimétrée. Il serait impossible de superviser chaque détail d’un hôtel ou d’un restaurant sans perdre le fil du métier principal. L’organisation de ses affaires permet donc de rester impliqué sur les orientations et les choix qui comptent, tout en laissant l’exploitation à des professionnels.
Quand une collaboration touche à ses goûts et à ses racines, elle paraît moins plaquée : c’est cette cohérence qui peut transformer une signature en projet durable.
De la gestion familiale à l’ambition de devenir propriétaire de club
Les affaires de Messi n’ont pas poussé d’un coup, au lendemain d’un grand titre. Son père, Jorge Messi, a longtemps géré les intérêts de son fils et participé à la structuration de ses premières activités. Les débuts n’ont pas été sans heurts : certaines décisions ont conduit la famille à des difficultés avec l’administration fiscale espagnole. L’épisode rappelle qu’une carrière commerciale, même entourée de proches, demande des conseils solides et une vigilance constante.
Au fil des années, l’organisation s’est élargie à la production audiovisuelle, au marketing, aux médias et aux partenariats commerciaux. Plusieurs personnes qui accompagnent Messi depuis ses débuts à Barcelone occupent des rôles importants dans cet ensemble. La confiance compte, mais elle ne suffit pas : les compétences, la transparence et la capacité à filtrer les propositions sont tout aussi déterminantes lorsqu’un nom attire chaque jour de nouvelles sollicitations.
Selon les informations disponibles, Messi ne se voit pas imposer des opérations par son entourage. Les projets lui sont présentés, puis il choisit ceux avec lesquels il se sent à l’aise. Lors du America Business Forum à Miami, en novembre, il a résumé son rapport au monde économique avec une modestie sans costume : « Les affaires m’intéressent. J’aimerais continuer à apprendre, parce que je ne sais rien et que je débute à peine. » Pour un homme dont la carrière sportive a déjà traversé les records, l’aveu a quelque chose de rafraîchissant.
La perspective d’un jour devenir propriétaire de club s’inscrit dans cette logique d’apprentissage, mais elle ne doit pas être confondue avec une annonce concrète. À ce stade, les éléments présentés montrent un intérêt pour le football de formation et un portefeuille d’activités ; ils ne confirment pas l’achat d’un club. Posséder une équipe demande bien davantage qu’un nom célèbre : il faut financer les opérations, bâtir une direction sportive, développer les infrastructures et accepter les périodes où les résultats ne suivent pas.
La Messi Cup offre pourtant un aperçu de ce qui pourrait l’attirer dans un rôle plus large. Le tournoi rapproche les académies, donne de la visibilité aux jeunes et mobilise des moyens autour de leur progression. Un futur propriétaire de club pourrait prolonger cette démarche en investissant dans la formation, plutôt qu’en se limitant aux transferts spectaculaires. Ce serait une façon de rester dans le football sans chercher à rejouer éternellement le même match.
Il existe aussi un risque très humain : croire qu’un grand joueur devient automatiquement un grand dirigeant. Les qualités qui font un numéro 10 d’exception ne sont pas celles d’un président ou d’un gestionnaire. Messi semble justement avancer sans brûler les étapes, entouré de professionnels et avec une curiosité affichée pour les mécanismes qu’il découvre. L’ambition n’est pas moins forte parce qu’elle prend son temps ; elle est peut-être plus crédible ainsi.
La prochaine grande décision ne sera pas forcément un transfert : ce pourrait être le choix de la place que Messi veut occuper dans le football après le terrain.
