Un nouvel organisme de surveillance, le Creative Industries Independent Standards Authority (Ciisa), est sur le point de transformer l’industrie du divertissement au Royaume-Uni. Ce régulateur, conçu pour traiter les problèmes de comportement dans la télévision, le cinéma, la musique et le théâtre, vise à offrir un environnement de travail plus sûr après des années de scandales liés aux abus, au harcèlement et au bullying.
Créé sous l’impulsion de Dame Heather Rabbatts, fondatrice de Time’s Up UK, Ciisa sera opérationnel l’année prochaine et permettra aux travailleurs de signaler des abus. Cette initiative a reçu le soutien de figures publiques telles que Keira Knightley et Cara Delevingne, et a déjà obtenu des financements de diffuseurs et de labels de musique. Cependant, des questions subsistent sur la capacité de Ciisa à s’attaquer aux problèmes systémiques qui gangrènent l’industrie.
Objectifs de Ciisa
Ciisa a pour mission de fournir une assistance et un soutien confidentiels aux victimes d’abus dans l’industrie créative, où les artistes et travailleurs indépendants sont particulièrement vulnérables. Avec un secteur composé à 70 % de travailleurs freelances, il est souvent difficile pour eux de savoir où se tourner en cas de problème. Selon Jen Smith, directrice générale par intérim, Ciisa comblera ce vide en offrant des conseils, une médiation et une résolution des conflits.
L’organisme interviendra dans des affaires de harcèlement de célébrités ou des incidents sur des productions telles que Strictly Come Dancing, qui a récemment été au centre de plaintes pour harcèlement.
Limites de Ciisa
Cependant, Ciisa n’aura pas de pouvoir coercitif. En tant que régulateur volontaire, il ne pourra pas imposer de sanctions financières ou disciplinaires. Il pourra toutefois signaler les affaires aux autorités compétentes, notamment la police, lorsque cela s’avérera nécessaire. Son rôle principal sera de formuler des recommandations et d’encourager l’amélioration des pratiques.
L’organisme sera dirigé par Baronne Helena Kennedy KC, une avocate renommée, et travaillera à l’élaboration de normes de comportement dans l’industrie. Toutefois, l’ampleur des problèmes à gérer reste encore incertaine.
Des défis majeurs
L’industrie du divertissement est depuis longtemps connue pour ses abus systémiques. Selon un rapport de Bectu, un syndicat des métiers créatifs, 92 % des travailleurs du secteur ont été témoins ou victimes de harcèlement. De plus, un rapport parlementaire sur l’industrie musicale a révélé que celle-ci demeure un « boys’ club » propice aux abus sexuels.
Malgré l’importance de Ciisa, certains comme Alexa Morden, présentatrice du podcast The 98%, estiment que l’organisme devra surmonter la culture de la peur enracinée dans le milieu pour réellement changer les choses. Morden souligne que Ciisa devra faire face à des résistances de ceux qui ont profité de ce système.
Le lancement de Ciisa est un pas significatif pour une industrie qui peine à réguler ses abus internes. Si l’organisme peut s’attaquer efficacement aux cas de harcèlement et d’abus, il pourrait transformer le paysage du divertissement, mais il reste à voir si ses moyens et son champ d’action seront suffisants pour répondre à l’ampleur des défis.
