Trois ans après l’épidémie mondiale qui a placé le mpox sous les projecteurs, le virus continue de circuler aux États-Unis. Les cas sont bien moins nombreux qu’au pic de 2022, mais les infections recensées en 2024 et 2025, rarement liées à un voyage, signalent que la transmission locale ne s’est pas interrompue. Les autorités sanitaires surveillent aussi l’arrivée de nouveaux variants, tandis que les données disponibles suggèrent une circulation durable de la lignée à l’origine de l’épidémie précédente.
Le mot « endémique » ne signifie pas que le virus est partout ni que le risque est identique pour toute la population. Il désigne plutôt une présence installée, avec des cas qui réapparaissent régulièrement sans dépendre uniquement d’importations depuis l’étranger. Pour les habitants, l’enjeu est concret : conserver l’accès au dépistage, à l’information et à la vaccination, sans confondre une situation plus calme avec une maladie disparue. Voici pourquoi le mpox tient encore sa place dans certains réseaux de transmission américains, et ce qui pourrait infléchir sa trajectoire.
Pourquoi le mpox continue de circuler aux États-Unis après l’épidémie de 2022
Avant 2022, les États-Unis connaissaient surtout des cas ponctuels de mpox, souvent détectés chez des personnes ayant voyagé dans des régions où le virus circule depuis longtemps. Des animaux infectés importés ont aussi, dans le passé, transmis la maladie à des humains. L’épidémie mondiale a changé l’échelle du phénomène : le virus s’est diffusé dans des pays où il était rarement observé, puis les infections ont fortement diminué sans s’éteindre complètement.
Les données rapportées pour cette période font état d’environ 2 800 cas en 2024 et de plus de 2 500 en 2025. Seule une petite part était associée à un déplacement à l’étranger, ce qui indique que la transmission se faisait largement sur le territoire. Presque tous les échantillons analysés étaient apparentés à la souche responsable de l’épidémie de 2022. Autrement dit, il ne s’agissait pas seulement de nouvelles arrivées répétées : une chaîne de circulation virale s’était maintenue dans le pays.
Le terme « circulation endémique » peut donner l’impression d’un phénomène uniforme, comme une maladie présente partout au même niveau. Ce n’est pas le cas. Il n’existe pas de seuil officiel unique qui permette de déclarer le mpox « endémique » aux États-Unis. La notion décrit plutôt une persistance au fil du temps, avec des foyers qui peuvent varier selon les villes, les réseaux sociaux et les périodes de l’année.
Un rapport relayé par le Centre de recherche CIDRAP sur la santé et les maladies infectieuses présente cette évolution comme une possible transition vers une présence durable. Le mot « possible » compte : les tendances observées éclairent la trajectoire, mais ne permettent pas de prédire exactement le nombre de cas à venir. Les chiffres déclarés dépendent aussi de la capacité à tester, de la connaissance des symptômes et de la qualité du suivi des infections.
La situation n’est toutefois pas comparable au pic de 2022. Les données communiquées pour les premiers mois de 2026 décrivent moins de 1 000 cas et une tendance mensuelle généralement à la baisse. Cela ne signifie ni que le virus a disparu ni qu’une nouvelle flambée majeure est imminente. C’est plutôt une ligne de crête : le nombre d’infections reste suffisamment bas pour éviter une explosion, mais assez régulier pour montrer que l’interruption complète de la transmission n’a pas été obtenue.
Pour comprendre pourquoi cette ligne de crête persiste, il faut regarder non seulement le virus, mais aussi les réseaux dans lesquels il circule et les outils de prévention qui restent accessibles.
Réseaux de transmission du mpox et populations les plus concernées
Aux États-Unis, les cas concernent principalement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et leurs partenaires. Cette observation décrit les réseaux où la transmission est aujourd’hui la plus documentée. Elle ne signifie pas que ces hommes seraient biologiquement plus susceptibles d’attraper le mpox, ni que le virus leur serait réservé. La maladie peut toucher toute personne exposée lors d’un contact rapproché avec une personne infectée.
Le virus se transmet surtout par contact étroit, notamment avec des lésions cutanées, des muqueuses ou des sécrétions infectées. Les muqueuses sont les tissus fins qui tapissent certaines zones du corps, comme la bouche, les organes génitaux ou l’anus. Les contacts sexuels jouent donc un rôle important dans la circulation observée, mais réduire le mpox à une seule voie de transmission ferait manquer une partie du tableau. Les contacts rapprochés non sexuels peuvent aussi compter selon les circonstances.
Un réseau de transmission est un ensemble de personnes reliées par des contacts qui peuvent permettre au virus de passer d’une personne à une autre. Cette idée ressemble à un réseau de chemins : si plusieurs itinéraires sont très fréquentés, une infection peut continuer à circuler même lorsque le nombre de voyageurs diminue. Une analyse publiée en 2025 par l’équipe de Joel Wertheim sur New York a décrit des grappes d’infections très connectées pendant l’épidémie de 2022. À mesure que l’immunité liée à une infection antérieure ou à la vaccination s’est développée, les cas ont reculé, mais la circulation n’a pas été totalement interrompue.
Les liens avec des réseaux sexuels ne sont pas propres au mpox. D’autres infections, dont le VIH, ont aussi emprunté des réseaux de contacts, mais les virus et leurs modes de transmission restent différents. La comparaison aide à comprendre la structure des contacts ; elle ne permet pas d’assimiler les maladies. Le mpox peut se propager dans un groupe où les contacts rapprochés sont fréquents sans « sauter » automatiquement vers toute la population.
Cette concentration des cas aide à orienter la prévention, à condition de ne pas transformer une donnée épidémiologique en étiquette sociale. Une personne peut entendre que son groupe est davantage touché et en conclure, à tort, que le risque dépend de son identité. En réalité, il dépend notamment des expositions possibles, de la présence du virus dans un réseau et de la protection acquise. Les messages de santé publique sont plus utiles lorsqu’ils expliquent ces mécanismes sans stigmatiser.
Les autorités américaines indiquent que le risque pour la population générale reste faible dans le contexte décrit par leurs données. La page de situation du mpox publiée par les CDC permet de suivre les informations officielles et les évolutions épidémiologiques. Cette appréciation générale ne remplace pas l’analyse d’une exposition particulière par un professionnel de santé. Le point essentiel reste que la transmission suit des contacts concrets, pas une frontière identitaire.
Vaccination contre le mpox : une protection réelle mais une couverture incomplète
Le vaccin JYNNEOS se donne en deux doses pour obtenir la protection prévue dans le schéma vaccinal. Les estimations rapportées pour deux doses situent son efficacité contre le mpox entre 66 % et 90 %. Une efficacité importante n’équivaut pas à une barrière parfaite : elle réduit le risque, sans garantir qu’aucune infection ne surviendra. Elle contribue aussi à limiter les formes graves, ce qui donne à la vaccination un intérêt même lorsque la transmission n’est pas entièrement stoppée.
Pourquoi le virus circule-t-il encore si un vaccin existe ? Une réponse tient à la couverture vaccinale. Les estimations citées pour les groupes les plus exposés évaluent à environ 2 millions de personnes la population concernée, en comptant les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes qui prennent des médicaments de prévention du VIH ou vivent avec le VIH, puis en ajoutant une marge pour les personnes de leur réseau. Il s’agit d’une estimation de modélisation, pas d’un recensement nominatif de chaque personne exposée.
Selon les scénarios étudiés par les autorités, une immunité acquise par vaccination ou infection antérieure chez 21 % à 35 % de ce groupe pourrait contribuer à éviter une flambée aussi importante que celle de 2022. Une couverture dépassant 50 % réduirait fortement la probabilité d’une transmission locale durable. Ces valeurs ne sont pas des seuils magiques : elles dépendent des hypothèses du modèle, des contacts entre personnes et de la durée de la protection.
Un rapport publié en août, portant sur les cas déclarés en 2024 et 2025, montre à quel point les données vaccinales sont difficiles à interpréter. Le statut vaccinal manquait pour environ 62 % des cas. Parmi ceux pour lesquels l’information était connue, 76 % n’avaient pas été vaccinés, 10 % avaient reçu une seule dose et 14 % les deux. Dans un sous-groupe de 860 cas, les personnes non vaccinées présentaient près de dix fois plus de risque d’hospitalisation que celles ayant reçu les deux doses. Cette association souligne l’intérêt de la vaccination, mais ne décrit pas à elle seule toutes les causes d’hospitalisation.
La difficulté est aussi administrative. Le suivi national des vaccinations a cessé au début de 2024, alors qu’environ 23 % de la population estimée comme exposée avait reçu deux doses. Certains États ont également rendu moins systématique la remontée des données. Sans suivi régulier, il devient plus compliqué de savoir où les doses manquent et d’évaluer l’évolution de la protection collective.
La vaccination n’agit pas seule. Elle fonctionne mieux lorsqu’elle accompagne une information accessible, des services de dépistage et des soins qui inspirent confiance. Les recommandations peuvent évoluer : une personne qui se demande si elle est concernée doit consulter les informations sanitaires actuelles ou un professionnel, plutôt que de se fier à une règle ancienne lue en ligne.
Surveillance épidémiologique et variants : repérer les changements sans dramatiser
La surveillance épidémiologique consiste à recueillir et analyser des données sur les infections, les symptômes, les expositions et les caractéristiques du virus. Elle fonctionne comme un réseau de télescopes : chaque observation donne une partie du paysage, mais il faut plusieurs instruments pour distinguer une tendance durable d’un événement isolé. Pour le mpox, les tests, les déclarations de cas et le séquençage génétique apportent des informations différentes et complémentaires.
Le séquençage génétique permet de lire une partie du matériel génétique du virus et de comparer les échantillons. Il aide à repérer des liens entre des infections et à identifier l’apparition de changements. Un variant est une version du virus portant une ou plusieurs modifications génétiques. La découverte d’un variant ne signifie pas automatiquement qu’il se transmet plus facilement, qu’il provoque une maladie plus grave ou qu’il échappe aux tests. Ces hypothèses nécessitent des données spécifiques.
La circulation continue rend le suivi génomique particulièrement utile. Lorsqu’un virus se transmet de personne en personne, il peut accumuler des changements au fil des générations. Certains changements peuvent être neutres ; d’autres méritent une étude, par exemple s’ils touchent une région utilisée par un test diagnostique ou une réponse immunitaire. Les chercheurs doivent alors confronter les séquences à des observations cliniques et épidémiologiques. Une mutation lue dans un laboratoire n’est pas, à elle seule, la preuve d’un danger accru.
Les États-Unis ont aussi signalé des cas du clade I depuis la fin de 2024, dans plusieurs États. Le mot « clade » désigne une grande branche de la famille génétique du virus, un peu comme une branche principale sur un arbre de parenté. Les informations disponibles dans le contexte fourni indiquent que le risque associé à cette situation reste faible pour la plupart des habitants, tandis que les cas identifiés concernent majoritairement des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. Ces données justifient une vigilance ciblée, pas une panique générale.
Les capacités de surveillance dépendent toutefois des moyens disponibles et du fait que les personnes puissent accéder rapidement à un test. Si les consultations se raréfient ou si les symptômes sont mal reconnus, des cas peuvent passer sous le radar. La baisse de l’attention médiatique peut également réduire la connaissance du mpox, alors même que le virus continue de circuler à bas bruit. C’est pourquoi une surveillance robuste associe laboratoires, médecins, services de santé sexuelle et organismes communautaires.
Les changements génétiques et les nouveaux cas importés doivent être interprétés dans leur contexte. Un contrôle aux frontières, à lui seul, ne peut pas interrompre une transmission déjà installée dans des réseaux locaux. La vigilance la plus utile consiste à maintenir des tests accessibles, à partager rapidement les données pertinentes et à expliquer clairement ce que les résultats permettent — ou ne permettent pas — de conclure.
Prévention du mpox : maintenir les outils de santé publique dans la durée
Quand l’urgence médiatique recule, les dispositifs de prévention risquent de perdre en visibilité. C’est un mécanisme connu : une maladie moins présente dans les conversations paraît parfois moins réelle, même si des cas continuent d’être diagnostiqués. Pour le mpox, le défi consiste à garder disponibles les outils développés lors de l’épidémie de 2022, sans laisser croire que la situation actuelle est identique à celle du pic.
La prévention repose d’abord sur une information compréhensible sur les modes de transmission et les signes possibles de la maladie. Les symptômes peuvent comprendre une éruption ou des lésions, parfois accompagnées de fièvre ou de ganglions gonflés. Leur apparence et leur emplacement varient, et toutes les infections ne se ressemblent pas. En cas de symptômes ou d’exposition préoccupante, les ressources sanitaires officielles et les professionnels de santé peuvent aider à déterminer les démarches adaptées. Ces informations ne remplacent pas un avis médical personnalisé.
La disponibilité des soins compte autant que la qualité des messages. Une personne qui peut parler du sujet dans un cadre confidentiel et sans jugement est plus susceptible de demander un test ou de poser des questions sur la vaccination. Des centres de santé sexuelle, des programmes de prévention du VIH et des organismes communautaires peuvent intégrer ces échanges aux soins courants. Cette approche évite de traiter le mpox comme un sujet isolé qui ne réapparaîtrait qu’au moment d’une crise.
Les spécialistes cités dans les données disponibles insistent également sur la continuité des moyens : vaccination, dépistage, prise en charge et surveillance. Des réductions de financement touchant les programmes de santé, l’accompagnement social ou les services liés au VIH pourraient fragiliser des structures qui servent déjà les populations les plus exposées. Le lien n’est pas mécanique — une coupe budgétaire ne provoque pas immédiatement une flambée — mais l’accès plus difficile aux soins peut retarder le diagnostic et compliquer la réponse collective.
La vaccination reste un élément important, mais elle ne remplace ni le dépistage ni l’information. Inversement, un message de prévention sans accès pratique aux doses et aux consultations risque de rester théorique. Les outils doivent fonctionner ensemble, comme les pièces d’un même instrument : si l’une manque, la réponse devient moins précise. Les ressources sur le mpox et sa présence persistante peuvent compléter cette compréhension générale, à condition de vérifier que les consignes sanitaires consultées sont toujours à jour.
L’endémisation n’est pas une fatalité déjà actée, mais son évitement devient plus difficile si la circulation se poursuit et si les efforts s’essoufflent. Le nombre de cas reste inférieur aux niveaux de 2022 selon les données disponibles, ce qui offre une marge d’action. La question pratique pour la santé publique est donc moins de savoir si le mpox fera à nouveau la une que de préserver, dès maintenant, les moyens qui permettent de détecter et de prévenir les infections.
